La culture au Québec : Une remise en question de la culture québécoise. Entre acquis, tradition et transmission

 

Qu’est-ce que la « culture » tel qu’utilisé dans le jargon populaire: « investir dans la culture »? Dans quoi investissons-nous dans les faits, sans amener incessamment à l’ordre du jour tout ce qui à trait aux retombées économiques? Enfin, qu’est-ce que les financiers privés et publics cherchent à en tirer? La culture est-elle devenue, un attribut des compagnies capitalistes ou une simple porte de sortie pour se déculpabiliser de notre « société d’inconscience et d’incompétence »[1] comme le suggère André Brassard dans un entretien dans les années 80. La culture est-elle en crise ou bien en mutation? C’est ce que certains chercheurs se demandent. Tout d’abord, la vraie question: Y a-t-il une culture au Québec? Dans ce cas, peut-on parler de culture québécoise? Avec l’avènement de la charte des valeurs, la question est d’actualité. La culture fait-elle partie des valeurs québécoises? Si oui, comment se définit-elle? Au suivant… le meilleur est à venir! « Car le meilleur, s’il faut en croire les gens de théâtre, serait toujours à venir… Si bien que l’institution théâtrale a vu se mettre en place un régime de surproduction de créations qui se résume, au bout du compte, à une affolante fuite en avant ».[2]  Beaucoup de productions, voire une surproduction, au détriment d’un patrimoine qui se meurt et qui est relégué aux oubliettes. Il n’y a aucune orientation claire quant à la définition d’une culture québécoise.

 

L’art à bout portant

Dans ce cas, comment donner une définition à la culture québécoise ou plutôt donner une culture au Québec? Il s’agit de comprendre avant toute chose que la culture s’inscrit dans les acquis. L’éducation est déjà une bonne porte d’entrée, encore faut-il y investir et en valoriser la programmation!  La culture est synonyme de tradition et de transmission puisqu’« [i]l se crée un grand confort pour l’âme dans la reconnaissance qu’a une société de ses images »[3]. Cette tradition que nous devons faire entrer dans notre panthéon québécois devient signe d’exemplification. Alors pourquoi ne valoriser que la nouveauté, une nouveauté qui ne fait plus aucun sens et que l’on nomme trop facilement de l’art contemporain. Cet appellation facile et complaisante, mais futile et inconséquente devient un fourre-tout.  De ce fait, « comment ne pas déplorer la propension qu’ont les gens […] au Québec à faire de la recherche de la nouveauté pour la nouveauté la raison d’être de leur art ? » [4]

Comme lance si bien M. Gilbert David dans un article paru dans les Cahiers de théâtre Jeu en 2001, et qui s’applique parfaitement à l’ensemble des arts au Québec: « (presque) tout se crée et (presque) tout se perd »[5]. La masse se cache derrière un « voyeurisme stérile ». Il n’est pas ici question de mettre un frein à la création, mais plutôt d’intendance. La nouveauté doit devenir éventuellement un classique … non pas au nom de toutes les nouvelles créations, mais bien par une sélection, un sorte de darwinisme artistique. Certaines œuvres seront amenée par elle-même à mourir et non à être tuée, qui signifie plutôt de mettre à mort de manière volontaire et brutal, et c’est cette sélection qui contribuera à définir davantage la culture québécoise.

Nous devons construire la culture pour qu’il y est une culture. La culture est une responsabilité sociale, le devoir de transmettre, encore faut-il avoir quelque chose à transmettre. « [E]n effet, les compagnies qui se désignent volontiers comme « institutionnelles », sinon le fait de ne pas se reconnaître de responsabilité particulière dans l’établissement d’une tradition de relecture du patrimoine national … ? »  M. David continue dans ce sens en citant en exemple le théâtre: « Les programmations, au cours des années 90, du Théâtre du Rideau Vert, du Théâtre du Nouveau Monde, du Théâtre du Trident et du Théâtre Denise-Pelletier – qui ont par ailleurs une tradition notable à l’égard des répertoires étrangers – montrent en effet une grande indifférence à l’endroit de la majeure partie du patrimoine dramaturgique du Québec, en dehors des pièces de quatre ou cinq auteurs qui, elles, sont jouées ad nauseam »[6].

 

Vers un affranchissement

Évidemment, il est difficile de donner une culture au Québec par sa fragilité politique. Faire front commun afin de produire un consensus est ardu. Dès les années 80, André Brassard le souligne: « Au Québec, on s’est couvert avec les oripeaux d’une culture en oubliant ce qu’il y avait en dessous; pendan longtemps, on a essayé de se conformer, puis on s’est rendu compte que ça ne nous convenait pas parce que cela ne correspondait pas du tout à la façon dont on était fait. Aujourd’hui, je sens chez les jeunes un grand besoin d’apprendre, de redécouvrir des choses; il y a une insatisfaction. »[7]  Beaucoup de citriques et d’insatisfaits et aucune action. Qui prendra la responsabilité d’ériger cette ligne directrice afin d’élever la culture québécoise au rang qu’elle mérite et qui lui revient?  Un consensus doit être fait en dehors des officines! Et c’est ici que la question du financement prend place. Le financement peut devenir une ligne conductrice par ses choix. Pourquoi investir davantage dans le patrimoine? Pour devenir une culture forte et non pas une culture momentané et défaillante qui se pâme devant une œuvre, parce qu’on l’a nommée ainsi, tout simplement. Nous devons comprendre l’art, notre art, la rendre accessible, comprendre qu’elle nous définit afin de l’admirer et non pas l’admirer parce qu’on dit que c’est de l’art! C’est ainsi que nous pourrons parler de culture au Québec. Lorsque cette première ébauche de la culture québécoise sera faite et qu’il y aura l’ombre d’un panthéon, nous pourrons aborder cette question, car nous saurons où, mais surtout dans quoi investir. Pour le moment, public ou privé, l’argent se perd dans une culture éphémère et donc précaire. Il est facile lorsque nous allons sur le site du Ministère de la culture et des communications de constater les lacunes: « Les acteurs des milieux de la culture et des communications ont besoin d’un soutien, par l’entremise d’un programme souple […] »[8]. Rien ne laisse entrevoir les « orientations » du Ministère voué à la défense de la culture. Ici, je citerais l’article paru dans Spirale l’été dernier de M. Gilbert David, subventionné par le FQRSC sur une recherche intitulée Socio-esthétique des pratiques théâtrales du Québec contemporain, qui travaille depuis plusieurs années sur le sujet et déplore ce flou artistique : « Du moment qu’« il y a un public pour ca », les conseils des arts s’en tiennent donc à des critères flous et il se trouve même des universitaires pour défendre sans rire ce qu’ils appellent la « modernité populaire » au nom de l’égalitarisme des goûts et des couleurs. Autrement dit, La Poune et Gauvreau, même combat!»[9] Lediagnostic: il n’y a aucune vision de l’art. Sans ouvrir la boîte de Pandore, est-ce alors au privé de faire les choses?

Tout compte fait, je retiens l’expression de Simon Brault, vice-président du conseil des arts, qui est aussi le titre de son ouvrage paru sur les Presses de l’Université du Québec en 2009, beaucoup plus frappante en anglais, « No culture, No future ». Il devient alors criant de faire place à une culture qui fait cohabiter les classiques, la modernité et la contemporanéité dans une trajectoire éclairée. Ensuite, il s’agit de mettre à profit cette construction, faite principalement par les conseils d’administration des musées et des théâtres qui assurent une programmation complète, c’est-à-dire qui prend le temps et l’argent pour présenter les classiques québécois pour ainsi en assurer la transmission sans pour autant faire fi de la nouveauté. Je fais ici un clin d’œil au système d’éducation qui encore une fois devrait réviser leur programme qui ne répond pas à la formation culturel du jeune citoyen en devenir, futur « consommateur » d’arts. Et enfin, pour ce qui est de la pérennité, nous avons le financement qui est présent au Québec sous diverses formes, que ce soit le MCCQ, les conseils des arts (municipal, provincial ou fédéral) ou encore les Jeunes Mécènes. Un financement qui doit être bien placé, autant au sens figuré que littéraire, et qui n’a pas d’intérêt sans une convention préalable, c’est-à-dire, la culture québécoise.

 

Melynda Bleau

MA littératures françaises

et membre du Conseil Québecois du Théâtre

 


[1] Gilbert David, « Pour sortir
d’une civilisation d’inconscience: entretien avec André Brassard », Jeu : revue
de théâtre
, No 25 (4),
1982,  p. 123.

[2] Gilbert David, «
Grandeur et misère du répertoire québécois », Cahiers de théâtre Jeu, n°
100, octobre 2001, p. 116.

[3] Gilbert David, « Pour sortir
d’une civilisation d’inconscience: entretien avec André Brassard », Jeu : revue
de théâtre
, No 25 (4),
1982,  p. 118.

[4] Gilbert David, « Grandeur et
misère du répertoire québécois », Cahiers de théâtre Jeu, n° 100,
octobre 2001, p. 115-116.

[5] Ibid,
p. 126.

[6] Gilbert David, « Grandeur et
misère du répertoire québécois », Cahiers de théâtre Jeu, n° 100,
octobre 2001, p. 116-117.

[7] Gilbert David, « Pour sortir
d’une civilisation d’inconscience: entretien avec André Brassard », Jeu : revue
de théâtre
, No 25 (4),
1982,  p. 125.

[8]

http://www.mcc.gouv.qc.ca/index.php?id=1122#c13721

[9]
Gilbert David et Yves Jubinville, « Horizon incertain du théâtre québécois », Spirale, no245, été 2013, p.
34.

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